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Juin 09

Des morts qui marquent !

La mort en elle même est la même pour tous et ce n’est que la différence entre les personnes qui meurent qui en font ou non un événement exceptionnel. La notoriété de certains êtres… ce qu’ils ont accompli lors de leur passage fait que leur disparition ne passe pas inaperçue. Il en fut ainsi de Georges Moustaki il y a déjà plus d’une semaine et il en est ainsi de la disparition de Pierre Mauroy qui fut le premier premier ministre du premier président socialiste de la 5ème république.

Que l’on soit de gauche ou de droite on ne peut que rendre hommage à cet ancien maire de Lille, ville ouvrière s’il en est et qui eut donc la lourde de tâche de mettre en œuvre les premières réformes du programme commun des forces de gauche, plébiscité par les Français en 1981. Nommé par le Président de la République, François Mitterand, ce fut donc lui qui prit les coups consécutifs aux premières désillusions des Français qui voyaient leurs espoirs mis dans cette gauche victorieuse en 1981 s’envoler chaque jour un peu plus. La mort est souvent l’occasion de rappeler le passé… et je ne peux m’empécher de faire un parallèle entre cette déception des années 1980 et cette année 2013. Ce qui me désole le plus c’est que cette déception, au lieu de donner naissance à des réactions positives et constructives, engendre le plus souvent des gestes de colère inconsidérés et surtout un sentiment de fatalité résigné. C’est la crise. C’est la mondialisation. C’est la conjoncture. Ce qui fait qu’on grogne, certes, mais pas toujours au bon moment et pas toujours surtout pour les vraies causes… et surtout que tout en grognant on accepte à peu près tout : le recul du gouvernement face aux directives européennes, le recul du gouvernement face au  patronat et aux grands groupes financiers, le fatalisme désolant de cette équipe qui nous avait promis du rêve. Même sur les retraites ils se préparent à faire encore plus fort que ceux qu’ils dénonçaient il y à peine 14 mois. Alors la, c’est sûr que Pierre Mauroy doit se retourner dans sa tombe, lui qui fut l’un des rares à se dresser ouvertement contre la réforme élaborée par Eric Woerth.

Pierre Mauroy

6 photos de Pierre Mauroy

Qui se souvient d’Esther Williams ? Championne olympique de natation et actrice à Hollywood, ce n’est pas rien. Mais le sport et le cinéma ne sont-ils pas les domaines où plus qu’ailleurs la gloire n’est vraiment qu’éphémère. J’avoue humblement que personnellement je ne souvenais pas de cette actrice, même s’il est possible que je l’ai vue à l’écran dans un de ses rôles de sirène. Car les sirènes, j’ai toujours aimé, aussi bien celles d’Ulysse que l’Ariel de Walt Disney. Une passion transmise à ma fille Séréna (prénom choisi pourquoi?), fan assidue de la série australienne H2O. Donc, cette sirène aussi est décédée cette semaine, à l’âge de 91 ans. Ce qui est magique, avec le cinéma, c’est que si la gloire de ses stars est éphémère, les héroïnes (ou les héros) qu’elles incarnent deviennent éternelles. Si nous regardons le film “le bal des sirènes”, nous oublierons quelques instants nos soucis quotidiens et vivrons des émotions similaires à celles que les soldats de la seconde guerre mondiale ont vécu en 1944. Notre service public de l’audiovisuel nous apportera -t-il ce bonheur là ?

Esther-Williams1

 

Est-ce mourir jeune que de mourir à 84 ans ? Difficile de répondre surtout quand on a dépassé 62. Et 91, ce n’est jamais que 7 années de plus… Si j’ajoute que “il faut bien mourir un jour...” n’en déduisez pas trop vite que ces deux morts ne me touchent pas. Et je comprends tout à fait les hommages rendus à ces chers disparus.

 

Mais une autre mort m’a marqué cette semaine. Celle de ce jeune Breton, étudiant en sciences politiques. Car, cette mort, je la trouve tout aussi injuste que stupide, tout aussi gratuite qu’irrationnelle. Et pourtant, elle est. Ce jeune homme est bien mort et ses parents ont bien perdu le garçon arrivé dans leur famille il y a à peine 20 ans, ce garçon qui a du leur apporter de grands moments de bonheur, ce garçon qui portait en lui de grands espoirs de réussite, ce garçon qui avait encore toute sa vie à construire.

Le premier réflexe de beaucoup est de montrer du doigt les responsables présumés de  “cette mort” et de réclamer un châtiment exemplaire, expression assez bizarre en soi qui finalement reste assez imprécise. Les policiers font leur enquête. Espérons que la Justice suivra son cours. Quant aux effets d’annonce de tous bords prenons les pour ce qu’ils sont le plus souvent, l’opportunité malhonnête pour tenter de séduire de potentiels électeurs. Ce qui serait grave, c’est que cette indignation générale plus ou moins spontanée provoquée par la mort de cet adolescent soit suivie, une fois les premières émotions passées, par le retour d’une indifférence chronique face à la montée sournoise de cette violence. Faut-il interdire les extrêmes ? ou interdire les partis dits classiques, républicains et démocratiques, de les utiliser à leur convenance selon les circonstances? Le milieu d’un bout de bois n’existe que parce que ce bout de bois a deux extrémités; si nous taillons une extrémité, une autre surgit et ne fait que se rapprocher du milieu.

mericglob

Les extrêmes, en politique, servent souvent d’alibis aux autres composantes. C’est tellement pratique de pouvoir imputer tout dérapage aux extrêmes. Nous l’avons vu encore très récemment lors des manifestations contre le mariage pour tous. Oui, les violences et les dégradations post manifestations sont bien l’oeuvre d’extrémistes, mais celà ne dédouane pas certains partis plus classiques de leurs responsabilités, car continuer à inviter les Français à descendre dans la rue pour s’opposer à une loi votée démocratiquement par nos institutions, c’est réveiller les extrêmes. Oui, la responsabilité de certains leaders politiques (aussi bien de droite que de gauche) est grande et entière dans la montée de cette violence. Leurs paroles sont trop souvent chargées de haine larvée, d’incitation à la casse, de xénophobie et de ségrégation. Il y a à peine moins de deux ans, nous critiquions Nicolas Sarkozy, (et j’en faisais partie) quand à la suite de tout fait divers il proposait une nouvelle loi ou un nouveau décret. Ce drame, car il s’agit bien d’un drame, ne pourra pas être effacé par la simple dissolution de certains groupuscules d’extrême droite. Il devrait amener une réflexion plus profonde sur notre société, sur l’école, sur la jeunesse que notre société fabrique. Méric ! Merah ! Esteban ! ce jeune tabassé à mort car le regard qu’il avait lancé à un autre jeune ne plaisait pas ! ces jeunes abattus à Marseille ou dans d’autres banlieues ! ces jeunes qui meurent d’overdose chaque semaine ! Tous ces jeunes, qu’ils soient victimes ou assassins, n’étaient que des enfants de 20 ans… ne sont que des enfants d’à peine 20 ans. je les vois 10 ans plus tôt dans leurs classes de CM1 ou CM2. Pourquoi et comment en sont-ils arrivés là ?Pouvons nous honnêtement, en ce début de 21ème siècle, nous contenter de dire que c’est comme ça et que nous n’y pouvons rien. Le fatalisme face aux manifestations violentes de la Nature (séismes, tsunamis, éruptions volcaniques, inondations, tempêtes, ouragans) ou face à certaines maladies, et encore, là, dans ce domaine, l’humanité mène un énorme combat, je peux l’accepter. Mais tout ce qui est provoqué par l’action de l’homme ! Nous pourrions le corriger !

Nous avons tous notre part de responsabilité.

Quant à vous, les jeunes… de tout temps, certains sont morts pour leurs idées. Il n’y a aucune honte à se battre pour ses idées… mais apprenons d’abord à nous battre avec les mots, avec des arguments et toujours dans un esprit de tolérance. Ne tombez pas dans le piège grossier de la bagarre pour la bagarre… elle ne mène à rien si ce n’est à des morts gratuites et absurdes. Sachez aussi sélectionner les idées pour lesquelles il est important de se battre. Appréciez le combat mené par cet homme de 94 ans qui vient d’être à nouveau hospitalisé… 27 années d’emprisonnement pour ses idées qui finiront par triompher. Voila un vrai combatefficace.

Nelson Mandela

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